Rendre visible l'invisible, au service du malade
On nous a longtemps raconté une histoire simple, presque commode : d'un côté la science, rigoureuse et froide ; de l'autre la tradition, chaleureuse mais floue. Une frontière nette, un choix à faire. Cette histoire est fausse.
La médecine africaine et la médecine conventionnelle ne se font pas face comme deux adversaires. Elles se tiennent côte à côte, comme deux mains qui soignent le même corps.
Une mission née dans les facultés de médecine
C'est dans cet espace de rencontre que se situe mon travail. Au sein des facultés de médecine du Cameroun et de plusieurs démembrements du ministère de la Recherche scientifique, j'apporte ma modeste contribution à la prise en charge des consultants. Une prise en charge que je veux optimale. Et surtout, holistique.
Holistique : un mot qu'on entend beaucoup, mais qui dit ici une chose précise. Le corps ne guérit jamais seul. Il guérit avec l'âme qui l'habite, l'esprit qui le pense, et la spiritualité qui le relie à plus grand que lui.
On ne soigne pas un organe. On accompagne un être.
Cette conviction, je l'ai portée le 25 avril 2025 sur le campus FMSP de Logbessou, à Douala, lors du Symposium « Médecine Holistique et Phytothérapie en Contexte de Santé globale ». Un événement organisé par le Département des Sciences Pharmaceutiques et l'Organisation des Chercheurs et Médecins Holistiques, en partenariat avec l'Alliance des Chercheurs et Médecins Holistiques. Voir des pharmaciens, des chercheurs et des praticiens traditionnels réunis dans le même amphithéâtre, autour des mêmes questions, n'est pas un détail. C'est le signe d'un basculement en cours.
Intervention au Symposium FMSP — Université de Douala, 25 avril 2025
Ce que nos mots transportent, sans que nous le sachions
Voici le cœur de ma recherche, celui qui m'anime le plus profondément : nous nous transmettons des maladies par le langage.
Cela peut surprendre. Et pourtant. Un mot répété devient une croyance. Une croyance répétée devient un schéma. Un schéma répété devient, parfois, un symptôme. Le langage n'est jamais neutre : il façonne le niveau de conscience de celui qui le porte, et de ceux qui viennent après lui.
Il existe un langage qui élève. Et il existe un langage dément, un langage malade, qui nous fait descendre vers des niveaux de conscience inférieurs. Le problème, c'est que ce langage-là et la maladie s'alimentent l'un l'autre. En boucle. Rétroactivement. Sans fin, si personne ne vient nommer la boucle.
Une maladie qui ne trouve pas ses mots trouve un corps pour se dire.
Cette spirale ne détruit pas seulement l'individu. Elle s'installe dans la lignée. Elle se transmet, silencieuse, de génération en génération, jusqu'à ce que quelqu'un, un jour, ose remonter le fil.
Démontrer ce mécanisme, le rendre lisible pour la science, voilà ma principale mission dans les facultés de médecine et les laboratoires de recherche en médecine traditionnelle.
Rendre visible l'invisible
Un examen clinique donne un chiffre. Un examen biologique donne une valeur. Le médecin, avec toute sa compétence, interprète ces données et pose un diagnostic. Cette étape est irremplaçable, et elle ne m'appartient pas.
Mais derrière chaque paramètre, il y a souvent une histoire qui ne figure sur aucun bilan. Une émotion enfouie depuis trente ans. Une loyauté invisible envers un ancêtre. Un déséquilibre énergétique qui précède, parfois de plusieurs années, l'apparition du symptôme mesurable.
C'est précisément là qu'intervient mon travail de naturopathe, de psychogénéalogue et d'énergéticien : éclairer ce qui se cache sous les valeurs, donner un sens humain à ce que la machine a su chiffrer, sans jamais me substituer à celui qui a le savoir et le droit de conclure.
La science mesure ce qui se voit. Nous, nous écoutons ce qui se tait.
Précision essentielle : seul le médecin est habilité à prescrire un traitement et à interpréter un examen au sens clinique du terme. Mon accompagnement se situe en complément de son diagnostic, jamais à sa place.
Deux médecines, une seule intention
Le médecin sauve des vies dans l'urgence, guérit l'infection, répare l'organe. Le praticien traditionnel, lui, accompagne ce que les instruments ne captent pas encore : le sens, la mémoire, le lien.
Ces deux approches ne s'opposent pas. Elles se complètent, comme le souffle et le battement du cœur.
Mon souhait le plus profond est simple : que chaque consultant reparte non seulement avec une ordonnance, mais aussi avec une meilleure compréhension de lui-même. Que le corps soit soigné, oui. Mais que l'âme, l'esprit et la lignée le soient aussi.